mythologie

L’approche du mythe chez David : « Psyché abandonnée »

 

 

De Jacques-Louis David, en 1795, peinture à l'huile sur toile provenant d'une collection particulière. 80cm x 65cm

De Jacques-Louis David, en 1795, peinture à l’huile sur toile provenant d’une collection particulière. 80cm x 65cm

 

Ce tableau est un nu de Jacques-Louis David, peint vers 1795. La « Psyché abandonnée » fut redécouverte publiquement en 1991 lors de l’exposition « L’Antiquité rêvée » présentée au musée du Louvre en 2010. Son existence était connue par différente recensions provenant du peintre lui-même. Nous savons qu’elle  fut de passage dans plusieurs collections d’amateurs au XIXe siècle.

Du fait d’une forte admiration pour l’antiquité, Jacques-Louis David s’exercera plus particulièrement à la mythologie ainsi qu’aux sujets historiques durant son apprentissage. En 1775, Jacques-Louis David tenta pour la quatrième fois le prix de Rome, dont il avait auparavant obtenu la seconde place. Cette année-là, fut celle où il conquit le jury avec son œuvre « Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochus », réalisé à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à Paris. L’année suivante, l’artiste décide de partir pour Rome. Il y séjournera cinq années, où il dessinera différents paysages inspiré de Rome ainsi que ses environs. Autrement dit, il réalisera de nombreuses œuvres éprises d’une histoire antique. En effet, il en viendra à copier les Maîtres de l’Antiquité. A son retour en France en 1780, Jacques-Louis David s’est approprié un répertoire inépuisable de formes et de sujets mythologique. De plus, ce voyage s’est avéré d’une grande importance dans sa vie. En effet, il a acquis une certaine maturité révélée dans son Bélisaire (1781, Lille, musée des beaux-arts). Nous pouvons également voir cette maturité s’épanouir deux ans plus tard dans son tableau La douleur d’Andromaque (Paris, musée du Louvre).

Jacques-Louis David en 1774. Peinture à l'huile  120 cm × 155 cm  École nationale supérieure des beaux-arts, Paris

Jacques-Louis David en 1774.Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochus, Peinture à l’huile, 120 cm × 155 cm, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris

Représentant un nu féminin assis, le mollet coupé, cette jeune femme est abordée par le spectateur de profil. En revanche, son visage se dévoile à nous de face. La scène représentée dans ce tableau, correspond à l’abandon de Psyché par Eros (un des deux cupidons). Le dieu de l’amour éperdu de la jeune femme, va l’emmener dans son château où il lui rendra visite. Cependant, il demanda à sa femme de ne jamais le regarder. Ce qu’elle ne fit pas; la curiosité l’emporta sur sa raison. Par cet acte, Eros disparuabandonnant ainsi Psyché. L’explication de cet abandon est fournie par une des plateformes numérique du Louvre. En effet, dans le cas présent il ne s’agit pas du site officiel regroupant toute les œuvres abordées dans ce musée. Mais une plus petite plateforme dédiée à l’exposition sur « L’Antiquité rêvée : Innovation et résistances au XVIIIe siècle« . Ce site internet est particulièrement intéressant afin d’obtenir davantage d’informations sur cette exposition ainsi que sur les œuvres qui la détermine. La partie destinée au tableau de Jacques-Louis David « Psyché abandonnée », est illustrée d’une photographie de la peinture en question ainsi qu’une analyse qui permet aux spectateurs de mieux saisir la portée de l’œuvre. De plus, l’analyse stylistique du tableau se complète par une explication du mythe qui se déroule juste avant l’abandon de Psyché; que nous avons vu précédemment; permettant ainsi une meilleure compréhension du tableau de David.

Psyché étant traitée de façon anatomique, elle est représentée nue. Son visage éploré met en avant la douleur de son abandon, voir une certaine incompréhension dans son regard. Le corps, par son inachèvement illustre l’utilisation de la technique du frottis par David. La jeune femme est assise de profil devant un paysage sobre, sans aucune fleuriture. En effet, ce paysage esquissé et ce ciel bleu qui parait infini, met en avant une certaine légèreté du corps de Psyché. Ceci étant accentué par l‘utilisation des couleurs clairs pour l’arrière-plan. Ses mains sont délicatement collées l’une à l’autre, ce qui revoit à l’image de son corps qui se dessine sous des contours précis mais dont le pinceau délicat à su lui donner volupté et légèreté. Seul un bandeau vient orner la tête de la jeune femme. En effet, aucun objet ne vient briser le naturalisme de cette œuvre. L’absence de tout vêtementsbijoux, ou encore de végétation, instaurent une sérénité au tableau. C’est une manière de nous illustrer l’abandon dans toute sa simplicité.

Une hypothèse a été avancée indiquant que David a conservé son œuvre dans un état semi-esquissé. Les causes de ce supposé acte délibéré ne sont néanmoins, pas connus.

W.G

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Éros et Psyché

Nous aborderons dans cet article l’étonnant tableau dÉros et Psyché, signé par David. De grandes dimensions ( 184x242cm ) le tableau fut critiqué de « disturbing and uncomfortable interpretation of the myth since its debut in 1817 » soit de « dérangeant et inconfortable interprétation du mythe, depuis ses débuts en 1817 », nous apprend Dorothy Johnson, jusqu’en 2009 directrice de l’Ecole d’Art et d’Histoire de l’art de l’université d’Iowa.

Nous nous baserons ici sur l’article Cupid and Psyche: Two Very Different Neoclassical Interpretations of the Myth by Jacques-Louis David and Angelica Kauffman, de Ann C. Thompson, posté en juin 2012 sur son blog, et tenterons d’analyser le tableau Éros et Psyché en rapportant celui-ci à notre problématique centrale (que je vous invite à retrouver ici). L’auteur reprend avec –semble-t-il, ou tout du moins j’en fus convaincue – des sources signées Lamp, Anita Brookner, ou Dorothy Johnson, Thomas Brown, parmi tant d’autres. Nous nous arrêterons malheureusement à la première partie de l’article, centrée sur l’œuvre de David.

Mais tout d’abord, remémorons-nous le mythe de Psyché et Éros. Psyché est une princesse si belle que les hommes n’osent la courtiser. Aphrodite, jalouse du succès de la jeune femme, envoie son fils Éros la transpercer d’une de ses flèches afin qu’elle tombe amoureuse du plus vil des monstres. Mais Éros se pique involontairement, et tombe amoureux de Psyché. Emportée par le vent Zéphyr et conduite dans un somptueux palais, où le dieu lui rend visite chaque soir après lui avoir fait promettre de ne jamais chercher à découvrir qui il était, Psyché se complait dans sa cage dorée. Notre tableau prend sa source ici, alors qu’Eros fuit le jour et le lit de Psyché. Pour la suite du mythe, car redécouvrir des détails est toujours enrichissant, je vous invite à consulter le lien suivant, où l’histoire de Psyché est résumée sans pour autant réfuter l’anecdote.

Maintenant, passons à une présentation sommaire de l’œuvre. Celle-ci se découpe en deux plans : le lit des amants au premier plan, laissé libre d’accès et largement accessible au spectateur de par son cadrage rapproché, et le paysage découvert par la fenêtre du palais. Celui-ci semble être une retraite, et si le paysage dominé d’une nature presque vierge évoque l’antiquité, le lit et l’intérieur de la pièce sont eux, largement plus contemporains à David. L’étrange lumière, qui ne provient pas de la fenêtre mais plutôt d’un point quelque part après le bord supérieur gauche, illuminant le lit, plonge le reste de la pièce dans une obscurité qui ajouté au large drapé rouge nous empêche d’admirer ce que Apulée dans ses Métamorphoses qualifiait de « palais merveilleux où les portes sont ornées de pierres précieuses et où le dallage du sol est d’or pur ».

détail signature

Le lit, sur le pied duquel le spectateur peut admirer la signature de David, est tapissé d’un bleu foncé et de motifs d’étoiles, rappelant la nuit, épisode privilégié de la vie du couple, puisque seul moment de rencontre pour Psyché et Éros. Mais ce lit si somptueux est défait, saccagé presque, si bien qu’outre les draps chiffonnés, la tête du lit semble bancale. Et les coupables de ce désordre sont là encore, inconscients de sa douleur.

Psyché est endormie, telle une Odalisque souligne Dorothy Johnson, profondément plongée dans un sommeil post coïte comme en témoignent ses joues rougies, inconsciente du départ de son amant. Éros est reconnaissable à ses ailes et à son arc qui semble rester à porté de main en toute circonstance, et est ici en mouvement. D’un bras, il dégage le bras de son épouse, et de l’autre s’extrait du lit, alors que le drap retient son pied gauche auprès de sa femme.

Pourtant, ce délicat détail ne parvient pas à convaincre le spectateur : David nous présente ici un « ruddy adolescent who smirks at the viewer as if to show off his latest conquest ». Éros a l’attitude et le physique dérangeant d’un adolescent, ravit de sa dernière conquête qu’il nous présente dans son rôle de personnage admoniteur. Il est fier et sa moue triomphante saurait presque nous glacer le sang, une fois l’article de Ann Thompson dévoré.

Avec une ironie déconcertante, celle-ci début par une citation de J.G. Herder : « The story of Cupid and Psyche is the most diverse, tenderest romance ever devised », ou « l’histoire de Cupidon et Psyché est la plus diverse, la plus tendre romance jamais conçue ». Je parle « d’ironie », car au fil de la lecture, vous en serez mené à détester cet Amour « vulgaire et juvénile » décrit par l’auteur. Éros n’a rien des corps magnifiques créés précédemment par David. « Amor is dark and has a clumsy prepubescent physique with an uneven skin tone » ou « Amour est sombre et a un maladroit physique préadolescent avec un inégal ton de peau », au point que Gros, élève de David, le compare à un faune plutôt qu’au dieu de l’amour.

détail personnages

Psyché s’oppose en tout à Éros : « She is a soft, graceful, and languorous beauty » ou « elle est une douce, gracieuse et langoureuse beauté ». David la présente comme une innocente victime à la merci d’une force divine presque maline, « Like an Odalisque, Psyche has no control in her relationship ». Psyché devient une espèce d’esclave au service de son maître plutôt qu’une amoureuse se languissant de l’absence de son époux le jour.

Dès lors, David représente « a darker aspect of the myth : the bestial eroticism and lust of a teenager » ou « un plus sombre aspect du mythe : le bestial érotisme et désir d’un adolescent ». Car Psyché est prisonnière de ce palais doré. Elle est l’esclave sexuel d’Éros, qui revient chaque nuit la tourmenter de désir.

Le parallèle de deux papillons présents dans la composition est remarquable, et leur seule présence résume la situation propre à chaque personnage. Le papillon blanc terni – ou même sali ?- s’envole vers la fenêtre, et reviendra à son bon vouloir. Le papillon doré lui, est comme piqué d’une épingle de collectionneur au lit. La composition des motifs de la tapisserie nous amène même à nous demander s’il est réellement vivant, ou un simple élément de décors, tout comme Psyché.

En se référant à Lamp, Ann Thompson évoque une autre vision, métaphorique, qui saurait relever le statut de Psyché. Son nom même en grec signifie à la fois « papillon » et « esprit ». Alors donc, il ne s’agirait plus simplement d’un asservissement sexuel, mais d’une « allegory for the relationship between Love and the Soul », ou « allégorie pour la relation entre l’Amour et l’Esprit ». Mais dans le tableau de David, l’Amour a été évincé par le Désir.

Enfin, Ann Thompson évoque un point qui nous intéressera ici plus encore : des éléments du tableaux évoquerait une certaine commémoration de la fin de l’Empire. Nous l’avons vu dans l’article concerné, David croyait en l’Empire, et sa chute l’oblige à l’exil. Tout d’abord, comme remarqué par Thomas Brown, le lit est typiquement napoléonien. Mais les couleurs, « unusually bright and intense for David’s palette » ou « extraordinairement lumineuses et intenses pour la palette de David » rappellent par le bleu et le doré les couleurs des appartements de l’empereur, alors que le tapis vert est semblable à celui du portrait de Napoléon de 1812.

Plus étonnant encore, l’iconographie du papillon nous ramène au passage de la mutation de rampant à volant, de vivant à mort. Le papillon au dessus de la tête de Psyché pourrait être son esprit la quittant, et le lit, un tombeau. Psyché serait alors l’Empire qui a tant apporté à David, cet idéal politique, qui à sa fin, a emporté le destin du peintre avec lui. Et s’il en est ainsi, qui serait alors Éros ? Cet adolescent qui sort à peine de l’enfance, et qui se permet d’être fier du corps lascif à ses côtés ? Il en va là de mon avis propre, et je me permets simplement de vous le témoigner : Éros serait la France. Encore jeune de sa révolution, trop impétueuse pour se faire aussi tendre que sa compagne le mériterait, et trop téméraire pour savoir quand elle la blesse, n’hésitant pas à la pousser à de terribles épreuves et à la mort même comme Éros poussa Psyché dans le mythe.

détails visages

Pourtant, une lueur d’espoir reste visible avec la fin du récit, puisque Éros en implorant Zeus parvient à hisser sa femme au rang d’immortelle. L’Empire est alors loin d’être une période révolue pour David. Malgré l’exil, et les détériorations de sa position avec la fin de celui-ci, l’Empire restera un souvenir omniscient et mélancolique. Celui-ci n’attend que d’être aimé à nouveau pour renaitre de ses cendres. Et avec une once de curiosité, nous pourrions nous demander si David n’aurait jamais été satisfait du couronnement de Napoléon III.

C.C.