L’amour et Psyché

Éros et Psyché

Nous aborderons dans cet article l’étonnant tableau dÉros et Psyché, signé par David. De grandes dimensions ( 184x242cm ) le tableau fut critiqué de « disturbing and uncomfortable interpretation of the myth since its debut in 1817 » soit de « dérangeant et inconfortable interprétation du mythe, depuis ses débuts en 1817 », nous apprend Dorothy Johnson, jusqu’en 2009 directrice de l’Ecole d’Art et d’Histoire de l’art de l’université d’Iowa.

Nous nous baserons ici sur l’article Cupid and Psyche: Two Very Different Neoclassical Interpretations of the Myth by Jacques-Louis David and Angelica Kauffman, de Ann C. Thompson, posté en juin 2012 sur son blog, et tenterons d’analyser le tableau Éros et Psyché en rapportant celui-ci à notre problématique centrale (que je vous invite à retrouver ici). L’auteur reprend avec –semble-t-il, ou tout du moins j’en fus convaincue – des sources signées Lamp, Anita Brookner, ou Dorothy Johnson, Thomas Brown, parmi tant d’autres. Nous nous arrêterons malheureusement à la première partie de l’article, centrée sur l’œuvre de David.

Mais tout d’abord, remémorons-nous le mythe de Psyché et Éros. Psyché est une princesse si belle que les hommes n’osent la courtiser. Aphrodite, jalouse du succès de la jeune femme, envoie son fils Éros la transpercer d’une de ses flèches afin qu’elle tombe amoureuse du plus vil des monstres. Mais Éros se pique involontairement, et tombe amoureux de Psyché. Emportée par le vent Zéphyr et conduite dans un somptueux palais, où le dieu lui rend visite chaque soir après lui avoir fait promettre de ne jamais chercher à découvrir qui il était, Psyché se complait dans sa cage dorée. Notre tableau prend sa source ici, alors qu’Eros fuit le jour et le lit de Psyché. Pour la suite du mythe, car redécouvrir des détails est toujours enrichissant, je vous invite à consulter le lien suivant, où l’histoire de Psyché est résumée sans pour autant réfuter l’anecdote.

Maintenant, passons à une présentation sommaire de l’œuvre. Celle-ci se découpe en deux plans : le lit des amants au premier plan, laissé libre d’accès et largement accessible au spectateur de par son cadrage rapproché, et le paysage découvert par la fenêtre du palais. Celui-ci semble être une retraite, et si le paysage dominé d’une nature presque vierge évoque l’antiquité, le lit et l’intérieur de la pièce sont eux, largement plus contemporains à David. L’étrange lumière, qui ne provient pas de la fenêtre mais plutôt d’un point quelque part après le bord supérieur gauche, illuminant le lit, plonge le reste de la pièce dans une obscurité qui ajouté au large drapé rouge nous empêche d’admirer ce que Apulée dans ses Métamorphoses qualifiait de « palais merveilleux où les portes sont ornées de pierres précieuses et où le dallage du sol est d’or pur ».

détail signature

Le lit, sur le pied duquel le spectateur peut admirer la signature de David, est tapissé d’un bleu foncé et de motifs d’étoiles, rappelant la nuit, épisode privilégié de la vie du couple, puisque seul moment de rencontre pour Psyché et Éros. Mais ce lit si somptueux est défait, saccagé presque, si bien qu’outre les draps chiffonnés, la tête du lit semble bancale. Et les coupables de ce désordre sont là encore, inconscients de sa douleur.

Psyché est endormie, telle une Odalisque souligne Dorothy Johnson, profondément plongée dans un sommeil post coïte comme en témoignent ses joues rougies, inconsciente du départ de son amant. Éros est reconnaissable à ses ailes et à son arc qui semble rester à porté de main en toute circonstance, et est ici en mouvement. D’un bras, il dégage le bras de son épouse, et de l’autre s’extrait du lit, alors que le drap retient son pied gauche auprès de sa femme.

Pourtant, ce délicat détail ne parvient pas à convaincre le spectateur : David nous présente ici un « ruddy adolescent who smirks at the viewer as if to show off his latest conquest ». Éros a l’attitude et le physique dérangeant d’un adolescent, ravit de sa dernière conquête qu’il nous présente dans son rôle de personnage admoniteur. Il est fier et sa moue triomphante saurait presque nous glacer le sang, une fois l’article de Ann Thompson dévoré.

Avec une ironie déconcertante, celle-ci début par une citation de J.G. Herder : « The story of Cupid and Psyche is the most diverse, tenderest romance ever devised », ou « l’histoire de Cupidon et Psyché est la plus diverse, la plus tendre romance jamais conçue ». Je parle « d’ironie », car au fil de la lecture, vous en serez mené à détester cet Amour « vulgaire et juvénile » décrit par l’auteur. Éros n’a rien des corps magnifiques créés précédemment par David. « Amor is dark and has a clumsy prepubescent physique with an uneven skin tone » ou « Amour est sombre et a un maladroit physique préadolescent avec un inégal ton de peau », au point que Gros, élève de David, le compare à un faune plutôt qu’au dieu de l’amour.

détail personnages

Psyché s’oppose en tout à Éros : « She is a soft, graceful, and languorous beauty » ou « elle est une douce, gracieuse et langoureuse beauté ». David la présente comme une innocente victime à la merci d’une force divine presque maline, « Like an Odalisque, Psyche has no control in her relationship ». Psyché devient une espèce d’esclave au service de son maître plutôt qu’une amoureuse se languissant de l’absence de son époux le jour.

Dès lors, David représente « a darker aspect of the myth : the bestial eroticism and lust of a teenager » ou « un plus sombre aspect du mythe : le bestial érotisme et désir d’un adolescent ». Car Psyché est prisonnière de ce palais doré. Elle est l’esclave sexuel d’Éros, qui revient chaque nuit la tourmenter de désir.

Le parallèle de deux papillons présents dans la composition est remarquable, et leur seule présence résume la situation propre à chaque personnage. Le papillon blanc terni – ou même sali ?- s’envole vers la fenêtre, et reviendra à son bon vouloir. Le papillon doré lui, est comme piqué d’une épingle de collectionneur au lit. La composition des motifs de la tapisserie nous amène même à nous demander s’il est réellement vivant, ou un simple élément de décors, tout comme Psyché.

En se référant à Lamp, Ann Thompson évoque une autre vision, métaphorique, qui saurait relever le statut de Psyché. Son nom même en grec signifie à la fois « papillon » et « esprit ». Alors donc, il ne s’agirait plus simplement d’un asservissement sexuel, mais d’une « allegory for the relationship between Love and the Soul », ou « allégorie pour la relation entre l’Amour et l’Esprit ». Mais dans le tableau de David, l’Amour a été évincé par le Désir.

Enfin, Ann Thompson évoque un point qui nous intéressera ici plus encore : des éléments du tableaux évoquerait une certaine commémoration de la fin de l’Empire. Nous l’avons vu dans l’article concerné, David croyait en l’Empire, et sa chute l’oblige à l’exil. Tout d’abord, comme remarqué par Thomas Brown, le lit est typiquement napoléonien. Mais les couleurs, « unusually bright and intense for David’s palette » ou « extraordinairement lumineuses et intenses pour la palette de David » rappellent par le bleu et le doré les couleurs des appartements de l’empereur, alors que le tapis vert est semblable à celui du portrait de Napoléon de 1812.

Plus étonnant encore, l’iconographie du papillon nous ramène au passage de la mutation de rampant à volant, de vivant à mort. Le papillon au dessus de la tête de Psyché pourrait être son esprit la quittant, et le lit, un tombeau. Psyché serait alors l’Empire qui a tant apporté à David, cet idéal politique, qui à sa fin, a emporté le destin du peintre avec lui. Et s’il en est ainsi, qui serait alors Éros ? Cet adolescent qui sort à peine de l’enfance, et qui se permet d’être fier du corps lascif à ses côtés ? Il en va là de mon avis propre, et je me permets simplement de vous le témoigner : Éros serait la France. Encore jeune de sa révolution, trop impétueuse pour se faire aussi tendre que sa compagne le mériterait, et trop téméraire pour savoir quand elle la blesse, n’hésitant pas à la pousser à de terribles épreuves et à la mort même comme Éros poussa Psyché dans le mythe.

détails visages

Pourtant, une lueur d’espoir reste visible avec la fin du récit, puisque Éros en implorant Zeus parvient à hisser sa femme au rang d’immortelle. L’Empire est alors loin d’être une période révolue pour David. Malgré l’exil, et les détériorations de sa position avec la fin de celui-ci, l’Empire restera un souvenir omniscient et mélancolique. Celui-ci n’attend que d’être aimé à nouveau pour renaitre de ses cendres. Et avec une once de curiosité, nous pourrions nous demander si David n’aurait jamais été satisfait du couronnement de Napoléon III.

C.C.

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Contexte historique (Partie 4/4) : L’exil de Jacques-Louis David

Jacques-Louis David, est fortement engagé en politique et éprit d’une admiration sans faille pour Napoléon Bonaparte, mais son parcours est semé de bouleversements. Lors de la chute du premier empire, sous la restauration il se retrouve contraint en 1816 à quitter la France pour Bruxelles où il va perpétuer son activité artistique et notamment peindre sa célèbre toile   « Mars Désarmé par Venus et les Grâces », exposé au musée royal des Beaux-arts de la capitale Belge. Les causes et les détails de son exil sont peu développés dans les ressources numériques. En effet, le contenu des sites internet, peu étoffé, retrace en majorité  les mêmes informations.

L’utilisation de l’Encyclopédie Larousse, retrace une base sûre de données historiques, permettant ainsi de contextualisé le sujet. Ce site internet nous relate des définitions clefs afin de cerner le sujet avec précision. En effet, la Restauration (1814-1830) succède à la période des cents jours. Elle marque le retour à la souveraineté monarchique des Capétiens, sous l’autorité de la maison des Bourbons, dont les membres ont déjà régné sur la France du XVIe au XIXe siècle. Initiée dans un contexte monarchique (Charte de 1814), sous les règnes respectifs de Louis XVIII et de Charles X, la restauration supplante l’empire Napoléonien tout juste affaissé. Les prémisses du parlementarisme font leurs apparitions, avec l’intégration d’une monarchie constitutionnelle au cœur d’un contexte international troublé. On assiste donc, à un retour de la monarchie parlementaire tourmentée par une forte oscillation entre ultra-royalistes et libéraux.

Wikipédia reste l’un des sites les plus consultés, du fait de son accessibilité. Cette plateforme numérique étant alimenté par quiconque le souhaitant, n’est donc pas une source viable. Par conséquent, il faut l’aborder avec précaution. Apportant une première approche de l’objet de recherche, il faudra nécessairement obtenir d’autres sources, afin de compléter et d’attester de la véracité de ces informations. C’est pourquoi, Insecula et sa bibliographie un peu plus exhaustive, témoigneront de certains points retranscrits dans Wikipédia concernant l’exil de David. En effet, en dépit de la renommée de Jacques-Louis David, la chute de l’Empire l’astreint à se faire plus discret. Néanmoins, ses engagements politico-professionnels passés de la période révolutionnaire, ainsi que ses affinités avec Napoléon Bonaparte ne permettent pas au peintre de passer inaperçu aux yeux des Bourbons : il se retrouve condamné à l’exil dès le retour des Capétiens sur le trône de France. Dans un premier temps, Jacques-Louis David demande l’asile auprès de l’Italie, mais voit sa requête avorter. C’est en 1816, que la Belgique, alors plus libérale lui accorde l’objet de sa demande. Bien d’autres artistes Français tels que Barrère, Pierre Joseph Cambon, Merlin de Douai, Thibaudeau, Alquier et Sieyès s’y verront également accueillis. Depuis Bruxelles, David attribue à l’un de ses anciens disciples, Gros, la direction de son atelier en France. Dès lors, les deux artistes vont entretenir une correspondance régulière.

La plateforme numérique Insecula clarifie la période post-exil de David, de façon concise. Le noyau d’information de ces différents sites internet, illustre une approche de Jacques-Louis David après son exil, de ses causes ainsi que de son exil lui-même.  A Bruxelles, il va entreprendre l’ouverture d’un nouvel atelier, lequel aura une influence considérable sur les artistes de l’école Belge. Jacques-Louis David se concilie alors rapidement avec la vie dans la capitale Belge, et refuse même à plusieurs reprises d’acter aux interventions qui lui aurait values son retour en France. Il va y réaliser de nombreux portraits de la haute société bruxelloise afin de subvenir à ses besoins. Durant ces dernières années, il va aborder des toiles mythologiques au coloris audacieux tel que « L’Amour et Psyché » de 1817. C’est à travers un goût prononcé pour l’Antiquité, qu’il va travailler sur l’homme et la nature. Il atteindra, par ce fait, un nouvel angle de traduction de la pensée en peinture. Jacques-Louis David mourut renversé par une calèche. Le gouvernement Français s’opposa à ce que ses cendres soient ramenées à Paris. C’est pourquoi, il fut inhumé au cimetière Léopold de Bruxelles, puis transféré après 1877 au cimetière d’Evere également à Bruxelles, où il repose sous un obélisque.

De Jacques-Louis David en 1825 Huile sur toile Dimensions : 308 x 265 Origine : Legs de M. Jules David-Chassagnol, Paris, 1886. Entré au musée en 1893.
Jacques-Louis David en 1825
Huile sur toile
Dimensions : 308 x 265
Entré au musée en 1893.

W.G