Jacques-Louis David

Le serment du Jeu de Paume de Jacques-Louis David

 

Le Serment du Jeu de paume De Jacques-Louis David en 1791 101.2 × 66 cm

Le Serment du Jeu de paume, Jacques-Louis David, 1791, 101.2 × 66 cm conservé au musée national du château de Versailles

 

Jacques-Louis David qui est un peintre fortement engagé, et qui particulièrement favorable à une révolution française vers 1789, va nous raconter un des moments clef de ce reversement des pouvoirs à savoir « Le serment du Jeu de paume » au travers de son tableau monumental. D’une hauteur de 66 cm, et d’une largeur de 101,2 cm a été réalisé par les techniques de la plume et de l’encre brune. Ce chef d’œuvre a été réalisé en 1791 et représente donc le 20 juin 1789. Ce tableau est conservé au Musée national du Château de Versailles. Notons que ce tableau se situe à mi-chemin entre la propagande et la commémoration. Cet épisode fondateur de la politique française marqua une étape décisive quant à son évolution, et ce thème fut largement répercuté par l’image selon le site de la Mairie de Paris : Carnavalet-Histoire de Paris.

 

Afin de tendre à résoudre la crise financière que subit le gouvernement français, Louis XVI convoque au printemps 1789 les Etats Généraux. Autrement dit, le roi fait venir les trois différents ordres de l’époque, qui se trouve être, la noblesse, le clergé et le tiers état. En raison des conservateurs des ordres privilégiés, cette réunion des états généraux ne débouche sur aucunes réformes satisfaisantes pour le tiers état. Les délégués progressistes souhaitent intégrer le vote par tête, et non plus par ordre. En effet, seul le vote par tête pourrait permettre un renversement du pouvoir. Le 17 juin 1789, la situation est encore bloquée. C’est alors que le tiers état se proclame « Assemblée nationale« . Par la suite, ils s’allieront avec une partie du clergé. Afin de faire obstacle à cette initiative à portée révolutionnaire du tiers état, la Cour autrement dit le Roi, fit fermer la salle des séances le 20 juin 1789. Les députés refusant de se laisser abattre, se rendirent dans un gymnase proche où était pratiqué le jeu de Paume. Cette salle se situait non loin du Château de Versailles. C’est alors qu’est proclamée solennellement le 20 juin 1789, que les députés ne se séparons pas avant d’obtenir une Constitution rédigée :
« Nous jurons de ne jamais nous séparer et de nous réunir partout où les circonstances l’exigeraient, jusqu’à ce que la Constitution du fût établie et affermie par des fondements solides. »

Par conséquent; le serment du Jeu de paume est illustration d’un évènement fondateur de la démocratie française qui engendrera la séparation des pouvoirs et de la souveraineté nationale. Je cite, selon la plateforme numérique du Château de Versailles : « En est issue l’Assemblée nationale Constituante qui a voté, en août 1789, l’abolition de la féodalité et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen« .

Nous analyserons avant d’aborder le tableau de Jacques-Louis David, la salle du Jeu de Paume autrement dit le gymnase royal au musée de la Révolution française selon l’approche du site internet du Château de Versailles. La salle du Jeu de paume; propriété privé; fut construite en 1686. C’est la famille royal, plus particulièrement le Roi lui-même qui y pratiquait la paume, qui se trouve être l’ancêtre du tennis. On peut mettre en avant un paradoxe dans ce lieu vivement fréquenté par la royauté mais qui fut plus tard l’emblème de la révolution, et du renversement des pouvoirs. En 1793, cette salle reviendra à la Nation de fait d’un décret de la Convention. Sous l’IIIe République, cet ancien gymnase sera restauré. Les travaux de restauration du bâtiment ainsi que le décor seront placés sous la direction de l’architecte Edmond Guillaume (1826-1894). C’est plus précisément en 1880, que débutera ces restaurations.  Cet architecte érigera un édicule soutenu par deux colonnes de marbre qui est surmonté d’un coq en bronze qui fut réalisé par Auguste Caïn. Cet édicule dorique encadre la statue en marbre de Sylvain Bailly. C’est autour de la salle que se dessine une frise de feuillages où sont peints les noms des différents signataires lors de l’évènement fondateur de la démocratie française de 1789. Vingt bustes y sont également présents afin d’illustrer les hommes les plus importants de cette assemblée.

Afin d’aborder l’analyse de cet œuvre de manière la plus complète qu’il soit, nous nous appuierons de plusieurs ressources numériques. La scène se déroule, comme nous l’avons vu précédemment, dans la salle du Jeu de paume, dont Jacques-Louis David dessinera l’architecture in situ. Dans cette composition, selon le site « Histoire par l’Image« , on peut remarquer que les députés sont organisés de façon à laisser penser à une ligne fictive comme nous pourrions le voir sur une scène d’un théâtre. Ce qui peut permettre au spectateur d’avoir la sensation d’appartenir au reste du public qui n’est pas présent sur le tableau. On voit donc apparaitre dans cette œuvre une certaine théâtralité, qui est accentuée par les gestes des députés. La nudité que l’on peut voir dans ce tableau illustre l’idéalisation de la scène selon Jacques-Louis David, qui n’était pas présent lors de ce moment symbolique. En effet, on peut voir cette représentation comme une façon de hisser ce moment historique au rang d’acte universel. Tous les personnages sont tournés vers le maire de Paris, Bailly, qui est ébauché sur la toile au crayon blanc. En effet, ce doyen du tiers état, répond au marquis de Dreux-Brézé, émissaire du roi : « Je crois que la nation assemblée ne peut pas recevoir d’ordres« . La personne prononçant le serment se trouve au centre de la représentation de David, ce qui peut symboliser l’union de la nation pour la Révolution. Autrement dit, tous les français, qu’ils soient protestants, catholiques, privilégiés ou non, ils sont tous unis pour une même cause. Cette toile inachevée de Jacques-Louis David représente quatre portraits pas tout à fait finis de Barnave, Michel Gérard, Dubois-Crancé et Mirabeau. Parmi les personnages ébauchés on peut distinguer Robespierre, Dom Gerle, l’abbé Grégoire, Rabaud-Saint-Etienne, le docteur Guillotin ou encore Treilhard.

Jacques-Louis David souhaite par son œuvre réalisé une nouvelle peinture représentative d’une nouvelle France révolutionnaire. C’est donc une mouvance révolutionnaire qui va nous être montré dans le cas présent. A l’aide du PDF provenant de la plateforme numérique  » lewebpedagogie.com« , nous étudierons de manière plus précise ce tableau. On peut remarquer que la source de lumière provient des spectateurs qui sont installés aux balcons. L’artiste donne ici, un rôle important au peuple, ce qui illustre aussi le rôle du peuple dans cet évènement historique, qui consiste en une sorte d‘inspiration des députés. Si nous reprenons la représentation des corps nus sous les vêtements, on peut y voir la formation néoclassique du peintre, ainsi qu’une certaine mise en valeur des personnages à l’antique. En effet, on voit donc une iconographie mythologique discrète qui fait son apparition dans cette œuvre. On a une réelle mise en mouvement des corps dans ce tableau, par les jeux des personnages qui mette en avant une ligne de force qui illustre comme nous l’avons dit précédemment l’union du peuple français contre les ordres privilégiés. On a une certaines sensations de bruits incarné par ce mouvement, mais également illustré par les bouches ouvertes des individus représentés. Notons que Jacques-Louis David n’a pas pu achever son œuvre. En effet, en 1792 il s’apprêtait à terminer son tableau seulement celui-ci n’était plus adéquate du point de vue politique. A cette époque, l’union nationale n’est plus d’actualité. De plus, certains personnages qui sont représentés sur « Le serment du Jeu de Paume« , sont devenus des « ennemis » de la Révolution. Prenons pour exemple, Mirabeau dont les correspondances avec le roi ont été découverte lors de la prise des Tuilerie en août 1792. Selon le point de vue du spectateur, ce tableau peut être perçu d’un point de vu négatif ou positif. En effet, en tant que conservateur des privilèges cette œuvre est l’annonciation de l’abolition des privilèges et de la société d’ordre. Dans le cas inverse, en tant que révolutionnaire ce tableau illustre l’émancipation des ordres privilégiés, mais aussi l’avènement de l’égalité des droits ainsi que l’intérêt collectif qui prime sur l’intérêt personnel ou d’une minorité du peuple.

 

W.G

L’approche du mythe chez David : « Psyché abandonnée »

 

 

De Jacques-Louis David, en 1795, peinture à l'huile sur toile provenant d'une collection particulière. 80cm x 65cm

De Jacques-Louis David, en 1795, peinture à l’huile sur toile provenant d’une collection particulière. 80cm x 65cm

 

Ce tableau est un nu de Jacques-Louis David, peint vers 1795. La « Psyché abandonnée » fut redécouverte publiquement en 1991 lors de l’exposition « L’Antiquité rêvée » présentée au musée du Louvre en 2010. Son existence était connue par différente recensions provenant du peintre lui-même. Nous savons qu’elle  fut de passage dans plusieurs collections d’amateurs au XIXe siècle.

Du fait d’une forte admiration pour l’antiquité, Jacques-Louis David s’exercera plus particulièrement à la mythologie ainsi qu’aux sujets historiques durant son apprentissage. En 1775, Jacques-Louis David tenta pour la quatrième fois le prix de Rome, dont il avait auparavant obtenu la seconde place. Cette année-là, fut celle où il conquit le jury avec son œuvre « Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochus », réalisé à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à Paris. L’année suivante, l’artiste décide de partir pour Rome. Il y séjournera cinq années, où il dessinera différents paysages inspiré de Rome ainsi que ses environs. Autrement dit, il réalisera de nombreuses œuvres éprises d’une histoire antique. En effet, il en viendra à copier les Maîtres de l’Antiquité. A son retour en France en 1780, Jacques-Louis David s’est approprié un répertoire inépuisable de formes et de sujets mythologique. De plus, ce voyage s’est avéré d’une grande importance dans sa vie. En effet, il a acquis une certaine maturité révélée dans son Bélisaire (1781, Lille, musée des beaux-arts). Nous pouvons également voir cette maturité s’épanouir deux ans plus tard dans son tableau La douleur d’Andromaque (Paris, musée du Louvre).

Jacques-Louis David en 1774. Peinture à l'huile  120 cm × 155 cm  École nationale supérieure des beaux-arts, Paris

Jacques-Louis David en 1774.Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochus, Peinture à l’huile, 120 cm × 155 cm, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris

Représentant un nu féminin assis, le mollet coupé, cette jeune femme est abordée par le spectateur de profil. En revanche, son visage se dévoile à nous de face. La scène représentée dans ce tableau, correspond à l’abandon de Psyché par Eros (un des deux cupidons). Le dieu de l’amour éperdu de la jeune femme, va l’emmener dans son château où il lui rendra visite. Cependant, il demanda à sa femme de ne jamais le regarder. Ce qu’elle ne fit pas; la curiosité l’emporta sur sa raison. Par cet acte, Eros disparuabandonnant ainsi Psyché. L’explication de cet abandon est fournie par une des plateformes numérique du Louvre. En effet, dans le cas présent il ne s’agit pas du site officiel regroupant toute les œuvres abordées dans ce musée. Mais une plus petite plateforme dédiée à l’exposition sur « L’Antiquité rêvée : Innovation et résistances au XVIIIe siècle« . Ce site internet est particulièrement intéressant afin d’obtenir davantage d’informations sur cette exposition ainsi que sur les œuvres qui la détermine. La partie destinée au tableau de Jacques-Louis David « Psyché abandonnée », est illustrée d’une photographie de la peinture en question ainsi qu’une analyse qui permet aux spectateurs de mieux saisir la portée de l’œuvre. De plus, l’analyse stylistique du tableau se complète par une explication du mythe qui se déroule juste avant l’abandon de Psyché; que nous avons vu précédemment; permettant ainsi une meilleure compréhension du tableau de David.

Psyché étant traitée de façon anatomique, elle est représentée nue. Son visage éploré met en avant la douleur de son abandon, voir une certaine incompréhension dans son regard. Le corps, par son inachèvement illustre l’utilisation de la technique du frottis par David. La jeune femme est assise de profil devant un paysage sobre, sans aucune fleuriture. En effet, ce paysage esquissé et ce ciel bleu qui parait infini, met en avant une certaine légèreté du corps de Psyché. Ceci étant accentué par l‘utilisation des couleurs clairs pour l’arrière-plan. Ses mains sont délicatement collées l’une à l’autre, ce qui revoit à l’image de son corps qui se dessine sous des contours précis mais dont le pinceau délicat à su lui donner volupté et légèreté. Seul un bandeau vient orner la tête de la jeune femme. En effet, aucun objet ne vient briser le naturalisme de cette œuvre. L’absence de tout vêtementsbijoux, ou encore de végétation, instaurent une sérénité au tableau. C’est une manière de nous illustrer l’abandon dans toute sa simplicité.

Une hypothèse a été avancée indiquant que David a conservé son œuvre dans un état semi-esquissé. Les causes de ce supposé acte délibéré ne sont néanmoins, pas connus.

W.G

Les portraits chez David

Jacques Louis David est très connu pour ses œuvres mythologiques, ses peintures d’Histoire et ses toiles de Napoléon. Cependant il ne faut pas oublier qu’il a aussi réalisé un nombre très important de portraits. Cette période est assez peu étudiée en général, ce qui amène à une faible proportion de ressources numériques traitant du sujet.

Du début de sa carrière jusqu’à son exil, il portraiture ses proches et relations ainsi que des notables de son entourage. On peut noter aussi ses nombreux portraits officiels de Napoléon. Les portraits de David se caractérisent par son choix de poses simples, souvent présentées en buste et assis, plus rarement en pied. Le fond de ses portraits est assez neutre, il y a un réel désir de réalisme et de ressemblance.

Quelques musées mettent en avant certaines toiles précises de David car elles appartiennent à leur collection. On peut citer en exemple le site du musée Jacquesmart-Andre qui présente le portrait du compte Antoine Français de Nantes. L’article met en avant une biographie du comte : né en 1756 d’un notaire royal, le jeune Antoine fut révolutionnaire puis défendeur de Napoléon Ier. Il fut anobli par l’Empire et même nommé Grand Officier de la Légion d’Honneur ! Il mourut en 1836 d’une attaque de paralysie. L’article parle aussi du talent de David pour représenter des matières comme la soie, les plumes, mais ne met pas vraiment son talent en portraitiste en avant. Cependant, ce lien peut être très utile si l’on cherche un brève description d’un de ses portraits.

Dans le même style, on peut citer le blog NapoléonBonaparte qui présente quand à lui un tableau du pape Pie VII. Cet article propose

une analyse plastique et iconographique du Pape. Son pontificat est marqué par de nombreux conflits avec le Premier consul, puis l’empereur Napoléon Ier. En 1808 les États Pontificaux sont occupés par les troupes impériales et le pape dessaisi de ses pouvoirs. La réaction est immédiate : c’est l’excommuncation de l’Empereur, qui restera presque totalement méconnue des Français. Ce tableau fut peint par David en 1805 pour remercier le souverain pontife d’avoir assisté au sacre de Napoléon. Le pape est représenté tel la plupart des portraits de David : en buste, tourné de trois-quart. Le regard du pape est plus que saisissant : il semble regarder à travers la toile, directement le spectateur ce qui provoque une expression dérangeante et très bien réalisée par le peintre.

Le site aparences.com est l’une des seules ressources présentant des portraits de David. Aparences propose un approche de l’art européen à travers plusieurs points : les périodes, les écoles, les arts… Ce site qui semble très documenté de part une analyse pointue mais aussi une bibliographie fournie, ne présente pas son auteur ce qui peut être une source de confusion pour les internautes qui ne peuvent utiliser cette source par manque de fiabilité. Quoi qu’il en soit, la partie concernant les portraits de David est assez étoffée : de nombreux tableaux sont présentés ( comme le portrait de Jacobus Blow ou celui de Anne-Marie Louise Thélusson ) avec une courte analyse.

David est en fait presque plus connu pour les autoportraits qu’il a réalisé que pour ses portraits. On lui en connaît 3, dont les deux plus connu sont autoportrait aux trois collets et l’autoportrait qu’il réalisa dans un cadre particulier. Le dévouement de David pour Robespierre irrita les ennemis de celui-ci. Pour avoir fait parti de ses partisans, ils le firent arrêter et conduire dans la prison du Luxembourg où il réalisa ce tableau. Il le peigna d’ailleurs grâce à un miroir, ce qui explique quelques particularités de cette toile : il tient son pinceau dans la main gauche alors qu’il est droitier, sa tumeur est présentée sur sa joue gauche alors qu’elle est en réalité à droite…

R.R.

L’Académie Royale de Peinture et de Sculpture

Il est important de connaître les conditions qui ont permis à David de devenir un peintre si talentueux. Il entre en 1766 à l’Académie royale de peinture et de sculpture. L’Académie pratique un système de régulation et de formation des artistes. Les élèves sont sélectionnés pour apprendre à dessiner, tandis que l’apprentissage de la technique se fait dans l’atelier d’un maître ( les maîtres de David sont successivement François  Boucher et Joseph-Marie Vien). On suit une progression de classe en classe, celles-ci étant dirigées par des membres de l’académie. On y étudie la perspective, la géométrie, l’anatomie…
Le site de l’Académie des beaux arts met en place une chronologie de l’Académie afin de permettre à l’internaute de se repérer dans le temps. Cependant, celle-ci est très incomplète. Elle n’explique pas quelles étaient les institutions d’art mises en place avant l’Académie, ni celles qui furent créées à posteriori. Après sa dissolution en 1793, l’Académie va renaître sous un autre nom : l’Académie des beaux-arts : c’est là d’où provient notre lien internet.
Alors que le site officiel de l’Académie n’a publié qu’un petit paragraphe sur son histoire, il faut aller sur un blog moins officiel se nommant Academie royale  pour obtenir de nombreuses informations sur l’Académie. L’article est présenté sous forme d’une dissertation avec une introduction, différentes parties et une conclusion ce qui permet à l’internaute de pouvoir cibler ses recherches tout au long du site. Cependant il n’y a pas de bibliographie ou de webographie, et l’auteur est signalé seulement sous son pseudonyme, ce qui crée des doutes sur la véracité de l’article. Il n’existe pas de sites concernant exclusivement la formation de David à l’Académie royale.
En 1666, Colbert fonde l’Académie de France à Rome. Pour aller à l’Académie de France à Rome il faut avoir gagné le prix de Rome : c’est un concours qui se remporte avec un tableau sur un sujet imposé ( c’est forcément un sujet historique ). Le séjour à Rome va être parfois une révélation pour les artistes : c’est la découverte des grandes œuvres de la Renaissance, des richesses artistiques de Rome, et la découverte de l’antiquité.
Après avoir échoué trois fois, David remporte finalement le prix de Rome en 1774 avec le tableau : Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochius

De nombreux sites présentent le prix de l’Académie de France à Rome, mais une nouvelle fois très peu parlent du rapport entre David et cette Académie, son parcours… Le site Napoléon Prisonnier tient une chronologie très détaillée de David, il évoque assez rapidement le voyage à Rome. Mais l’article retient un point très important de la formation du jeune artiste. De juillet à août 1779, David se rend à Naples en compagnie du sculpteur François Marie Suzanne. Il visite les ruines d’Herculanum et de Pompéi : cette visite est à l’origine de sa conversion à un nouveau style inspiré de l’antiquité.
Il réalise des tableaux qu’il envoie à Paris afin que ceux-ci soient jugés : ce sont les envois de Rome. Il expédie de nombreux tableaux tel les funérailles de Patrocle, Saint roch intercédant la vierge… Le site artliste propose un inventaire alphabétique des tableaux de David et présente un outil très utile : chaque lien de tableau amène sur une nouvelle page contenant des informations sur le tableau choisit ( date, nom, brève analyse… ) et permet de zoomer sur le tableau, ce qui peut être très utile pour observer les détails des différents tableaux.

R.R.

Les Sabines de Jacques-Louis David

 

De Jacques-Louis David, en 1799, Musée du Louvre, Paris

De Jacques-Louis David, en 1799, Musée du Louvre, Paris

 

Réalisée en 1799, l’œuvre a été dessinée dès septembre 1794, alors que David est emprisonné après la chute de Robespierre dont il était un proche. Cette œuvre fut exposée par David jusqu’en 1805 au musée du Louvre, avant d’être transportée en 1816 dans son atelier de l’église de Cluny, dont le peintre Gros assurait la surveillance. L’œuvre fut achetée par l’État, en même temps que Léonidas aux Thermopyles en 1819 pour la somme de 100 000 francs les deux. Le tableau fut alors exposé au musée du Luxembourg avant d’entrer au musée du Louvre, à la mort de David en 1826. Ce tableau néoclassique est une huile sur toile de 385 cm sur 522 cm, qui témoigne ici de la forte influence qu’a exercé l’antiquité

De Jacques-Louis David, en 1784  H. : 3,30 m. ; L. : 4,25 m. Musée du Louvre

De Jacques-Louis David, en 1784
H. : 3,30 m. ; L. : 4,25 m. Musée du Louvre

romaine sur sa peinture. Après son succès au concours de la villa Médicis, David a en effet poursuivi à Rome des études d’architecture et d’histoire antique. Il a d’ailleurs choisi pour ce tableau de 1799, un des épisodes légendaires de l’histoire romaine. En préparant cette toile, David avait affirmé : « Je veux faire du grec pur. » Il souhaitait se renouveler en abandonnant le style romain et sévère du Serment des Horaces (musée du Louvre) et Les Sabines fut donc pour lui un nouveau manifeste.

 

Nous débuterons cette article par l’histoire du mythe représenté sur ce tableau. De ce fait, nous utiliserons dans un premier temps, la plateforme nuérique du Louvre, qui aborde la mythologie associé à cette oeuvre de Jacques-Louis David. Cette représentation illustre un épisode légendaire des débuts de Rome au VIIIe siècle. En effet, lors de la fondation de Rome, les Romains manquant de femmes, ont décidés d’enlever les femmes des Sabins. Cette scène fut représenté par Poussin et elle est actuellement présentée au Louvre. L’épisode qui est représenté ici se situe trois ans après cet enlèvement lorsque les Sabins tentent de venir récupérer leurs épouses et que ces dernières s’interposent pour éviter le combat. Ce combat avait débuté sous les remparts du Capitole à Rome. Le peintre donne dans cette représentation un résumé frappant de ce combat.

Nous allons mettre en avant une analyse technique de cette composition. Notons que l’action se situe en extérieur. Le paysage quand à lui est à peine visible. Le sol est entièrement masqué par les personnages et le ciel n’occupe que la moitié supérieure droite du tableau. A l’arrière-plan, la forteresse nous dessine une vue imaginaire de Rome. Elle est particulièrement importante et domine en quelque sorte l’action; ce qui lui permet ainsi d’acquérir une valeur symbolique. Dans cette oeuvre, on a l’illusion d’un relief. En effet, contrairement au tableau de Poussin, que nous avons cités précédemment, tout s’ordonne autour d’un point de fuite central. Or, dans le tableau de David, il conserve un parti pris pour le frise, même au sein de la mêlée. Dans cet tableau, il n’y a pas de profondeur mais l’illusion du relief. On aborde un tableau homogène, avec des couleurs qui sont plutôt pâles : gris, beige, des rouges pâles. De plus, on ne voit pas de contrastes violents dans ce tableau. Nous pourrons remarquer qu’une grande attention est portée aux différents détails de cette œuvre grâce à l’utilisation de pinceaux très fins. Nous pouvons voir ces détails par la chaussure du Romain ou encore les reflets sur l’ongle du Sabin. Les vêtements ainsi que les armes se situent dans l’antiquité, ce qui suit bien le mythe des Sabines. On peut également remarque l’utilisation d’une toile particulièrement lisse, du fait des couleurs qui ont été déposées de façon très homogène sur une toile de lin dont on distingue la trame dans quelques endroits.

De jacques-Louis David  Zoom sur Romulus, le roi de Rome, dans les Sabines.

De jacques-Louis David
Zoom sur Romulus, le roi de Rome, dans les Sabines.

Nous analyserons les sujets abordés dans le tableau. On remarque que Jacques-Louis David a réussi à résumer toute l’action de cette oeuvre par le biais du groupe d’individus au centre du tableau qui se dénote des autres personnages. Le tableau s’articule autour des deux groupes que l’on peut voir distinctement. Ces deux groupes se font face et ils sont séparés par les Sabines. On peut voir à gauche les Sabins et au premier plan l’un de leurs guerriers. Il s’agit du roi des Sabins, Tatius. C’est le père de la Sabine, Hersilie qui s’interpose entre lui et le romain que l’on voit à droite. Il ne s’agit pas de n’importe quel romains, il s’agit du roi de Rome Romulus mais c’est également le marie d’Hersilie. Nous savons qu’il s’agit de Romulus, du fait de son bouclier, où l’on peut reconnaître le motif de la Louve. Ce motif illustre la création de Rome avec Rémus et Romulus. Ces deux guerriers se font donc face. Ils sont prêts à s‘affronter, l’un brandit une lance et l’autre est prêt à se défendre à l’aide de son bouclier. Grâce à l’arrivée d’Hersilie, cette attaque n’aura sûrement pas lieu. Hersilie située au centre est vêtue de blanc, ce qui symbolise peut-être la paix entre les romains et les Sabins. Les autres Sabines sont déployées derrière elle, également au centre de l’oeuvre. En effet, elles représentent toutes la causes de cette guerre, mais également les raisons de la paix. Toutes ses femmes s’interposent donc à cette guerre. Une autre des femme tente de les émouvoir du fait de son vieil âge, une seconde se jette aux genoux du soldat de droite, tandis que la troisième met en avant les enfants qui se trouvent allongés sur le sol. De plus, on peut voir juste derrière, une autre femme qui élève un enfant vers une forêt de lances. On voit donc, une intention franche de faire cesser ce combat de la part des femmes. On peut voir à gauche, des cavaliers ainsi que des enseignes et des piques, qui sont bien le symbole de la guerre.

A l’aide du site internet; Lettres.tice.ac-orleans-tours, nous aborderons des éléments afin d’obtenir une meilleure lecture de ce tableau. En effet, ce site répertorie plusieurs catégories, qui nous seront utilles; la description du tableau, le contenu narratif, l’analyse technique, et pour finir l’interprétation symbolique et l’enjeu idéologique. Nous nous intéresserons dans cette partie à l’interprétation symbolique de la toile, ainsi qu’à son enjeu idéologique. Dans un premier temps, il faut savoir qu’avant ce chef d’oeuvre, Jacques-Louis David a dessiné la première fois les Sabines lorsqu’il était en captivité au palais du Luxembourg, en septembre 1794. David ayant été élu député à la Convention en septembre 1792, il a voté pour la mort du roi. On peut donc voir dans l’oeuvre des Sabines, autrement dit dans la réconciliation entre les Romains ainsi que les Sabins, une illustration de la vie politique dans laquelle Jacques-Louis David évoluait. En effet, ce tableau peut être vu comme un plaidoyer pour la paix civile et la réconciliation nationale. On a donc un effet miroir entre l’art et la réalité. Ce tableau aborde aussi un passage de l’histoire de France relativement sanglante. Comme nous l’avons vu précédemment, Les Sabines est une oeuvre empreinte du néoclassicisme. On peut penser que cette oeuvre a pour volonté d’être une peinture d’histoire. Autrement dit, une peinture qui instruit sur certains évènements mais qui doit également avoir une porter esthétique afin de plaire à un grand public.

 

W.G

Le Serment des Horaces de Jacques-Louis David

 

De Jacques-Louis David, en 1784  H. : 3,30 m. ; L. : 4,25 m. Musée du Louvre

De Jacques-Louis David, en 1784
H. : 3,30 m. ; L. : 4,25 m. Musée du Louvre

 

Né d’une commande de Louis XVI qui voulait acquérir une œuvre noble et morale, le Serment des Horaces de Jacques Louis David (huile sur toile, 330 × 425 cm, musée du Louvre, Paris) illustre un épisode de l’Histoire de Rome. En effet, c’est au VIIe siècle avant J.-C., que les trois frères Horace, qui avait été choisis par les Romains afin de défier les Curiaces, champions des Albains. Le but étant de mettre fin à la guerre qui opposait les deux cités. Les romains ont reçus leur armes de leur père, quand aux femmes de leur famille, elles s’apitoient sur leur douleur. Cette commande royale, est à elle seule le manifeste d’un style artistique nouveau, le néoclassicisme selon la plateforme numérique du Louvre. Que ce soit l’architecture de la salle représentée, ou encore les attitudes des guerriers, tout dans ce tableau est régentés par la géométrie.

 

Jacques-Louis David a choisi ce sujet de l’histoire romaine pour sa première commande royale en 1784. En effet, il souhaite débuter sa carrière publique par une sorte de coup d’éclat à l’aide d’un tableau inspiré de nouveauté. De ce fait, il va délaisser les sujets mythologiques de son premier maître, Boucher. Le but étant de s’approprié les points communs des oeuvres des historiens romains et de la pièce classique de Corneille, Horace (1640). Ici est illustré une peinture morale empreinte de patriotisme. Il va néanmoins, dans cette oeuvre s’inspirer de l’art antique. Dans un premier temps, nous allons reprendre l’histoire des Horaces et des Curiaces afin de mieux saisir la porter de l’oeuvre. C’est au VIIe siècle av J-C., afin de parvenir à mettre fin à une guerre particulièrement sanglante entre Rome et Albe, que les deux cités vont désigner leur champions et par conséquent leur représentant. Rome choisit les Horaces, et Albe choisit les Curiaces. Cependant, il faut savoir que ces deux familles étaient unies par plusieurs mariages, d’où la représentation des femmes épleurées sur le côté du tableau. La scène représentée sur ce tableau, est sûrement une scène inventée par Jacques-Louis David. Elle illustre les Horaces avant le combat. Les trois frères sont représentés entrain de faire le serment de vaincre ou de mourir pour leur cité, à leur père. Comme nous l’avons dit précédemment, sur le côté droit nous pouvons voir plusieurs femmes rassemblées. Elles sont accablées et n’écoutent que leur sentiments face ce combat qui va bientôt commencer. Sabine, soeur des Curiaces et femme de l’aîné des Horaces, ainsi que Camille, soeur des Horaces et fiancée à l’un des Curiaces, inclinent tristement la tête. Derrière elles, la mère des Horaces embrasse ses petits-enfants.

De Jacques-Louis David, en 1784  H. : 3,30 m. ; L. : 4,25 m. Musée du Louvre

De Jacques-Louis David, en 1784
H. : 3,30 m. ; L. : 4,25 m. Musée du Louvre

La composition est large et simple. La scène se situe dans la cour intérieure d’une demeure de patriciens romains. Du fait de l’arrière-plan obscur, toute l’attention du spectateur est attirée sur le premier plan. L’espace est clos et il se trouve parallèle au plan du tableau. Les personnages sont représentés en grandeur nature. De plus, ils sont peu nombreux, on en décompte 9 personnages. Tout ces personnages sont disposés de manière précise; en frise au premier-plan. Cette représentation en frise, avec le bas-relief ainsi que l’architecture classique avec des colonnes doriques derrière les personnages, proviennent de l’antiquité. La représentation entière est statique. La scène se déroulant juste avant le combat, elle a pour symbole un moment solanel et fixé dans le temps par ce serment. Une certaines rigueur, et froideur se développe dans cette oeuvre. Ceci étant dû à la géométrisation importante dans ce tableau. Les traits horizontales et verticales de l’architecture fige la toile. La scène est construite sur un rythme dit ternaire. En effet, on peut voir trois parties distinctes. Nous commencerons par l’arrière-plan, avec les arcades qui coupent cette composition en trois parties, mais qui en même temps crée un lien entre les différents groupes de personnages, selon le site internet « mapage.noos« . A gauche, nous avons les trois frères, au centre le père, et à droite les femmes et les deux enfants.

Nous allons maintenant aborder les différentes lignes dans la composition. Nous avons tout d’abord de nombreuses lignes de fuites qui convergent toute vers les épées, symbole de ce serment qui se trouve être le sujet de ce tableau. Ceci étant accentué par les lignes qui découlent des quatre hommes. En effet, ils sont fortement dominés par des lignes droites, ce qui accentue le caractère sérieux de l’action. Mais aussi une certaines volonté de gagner et une virilité. En effet, les bras et les jambes sont tendus, on remarque les épées et les lances qui accentues les lignes droites. En contre partie, on peut voir des lignes courbes qui représentent les femmes et les enfants. Ces lignes courbes peuvent représentées le chagrins qui anéanti, et qui les écrase. En effet, elles s’abandonnes devant le serment auquel elle assiste. De plus, on peut voir que les hommes, qui sont debout surpasse la médiane horizontale de l’oeuvre, quant aux femmes et aux enfants, ils se situent qu’à la moitié inférieure. On a donc, un fort contraste entre le groupe des hommes et celui des femmes. De plus, ce contraste va être accentué par les couleurs de la composition. En effet, on peut voir que les hommes sont habillés avec des couleurs éclatantes, ce qui illustre une certaine vitalité, une force. En revanche, les femmes portent des couleurs plus pastelle. On peut donc penser que Jacques-Louis David veux nous illustrer que l’intérêt public, autrement dit dans le cas présent la défense de Rome (illustré par les hommes) prime sur les intérêts privés tels que l’amour, la famille, etc., qui sont illustré par les femmes.

De Jacques-Louis David, en 1784  H. : 3,30 m. ; L. : 4,25 m. Musée du Louvre

De Jacques-Louis David, en 1784
H. : 3,30 m. ; L. : 4,25 m. Musée du Louvre

Pour terminer, nous allons aborder la luminosité de ce tableau. On voit apparaitre un éclairage latéral et plutôt intense. Ceci étant dû au contraste réalisé avec le fond de la composition qui est quasiment noir. On peut voir que le père fait face à cette lumière qui provient de la gauche du tableau. De plus, son regard est parallèle à l’axe représentant la limite entre l’ombre et la lumière sur le mur de droite. Le père illustre donc un regard vers le ciel. Peut-être vers le divin, mais plus vraisemblablement vers un amour patriotique. En effet, il ne regarde même pas ses fils dans les yeux, ce qui aurait du coup illustrer un amour paternel. Mais dans cette oeuvre, le message est un message à la gloire du patriotisme.

 

 

W.G

Les élèves de l’atelier de David

Lorsque qu’entre membres de l’équipe de rédaction de ce blog, nous nous sommes concertées sur les thématiques des articles que nous saurions vous présenter, nous avons rapidement songé à dévouer un article sur la « descendance » de Jacques Louis David. Bien que citée à de nombreuses reprises, l’école de David n’est pas non plus le sujet le plus vulgarisé sur les ressources disponibles en ligne. Et pourtant, les élèves de David sont nombreux : plus de quatre cent d’après le manuscrit n° 316 de l’École des beaux-arts qui recense de la main même de notre artiste les noms de ses élèves.

Nous ne nous attarderons pas ici à décrire l’organisation de son atelier, mais les ouvrages suivant pourraient parfaire à votre curiosité si le désir vous en prenait : DELECLUZE E. J., Louis David, son école et son temps, 1855, rédigé par un élève même de David ; CROW T., L’atelier de David – Emulation et Révolution, 1997.

Penchons nous plutôt sur le devenir de ces jeunes artistes qui après avoir étudié chez leur maître deviennent à leur tour des peintres reconnus, avec leurs opinions propres, et leurs formes artistiques propres. Nous l’avons dit, ils sont nombreux, et l’Histoire n’en retiendra que quelques parmi tant d’autres. Malgré tout, Wikipédia propose une page réservée à leur recensement, par ordre alphabétique.

A la vue de tous ces noms, nous voilà bien forcés de faire un choix. Et comme rappelons-le, le but initial de ce blog est de parvenir à démontrer la bonne utilisation de sources numériques, nous en seront contraints à nous tourner vers trois des plus célèbres, aujourd’hui encore.

François Pascal Simon Gérard

Après avoir étudié aux côtés du sculpteur Augustin Pajou et ceux du peintre Nicolas Guy Brenet, Gérard rejoint l’atelier de David par passion en 1786. La bienveillance de son maître lui permet, alors qu’il est responsable de ses deux frères, de trouver logement et atelier au Louvre, et plus tard d’échapper à la conscription militaire.

Le succès lui vient après la Révolution, alors qu’il expose au Salon de 1797 son Bélisaire. Prenez donc un instant pour comparer le tableau à celui du Bélisaire demandant l’aumône de David. La figure même de Bélisaire se place plus que dans un héritage, mais dans un véritable hommage à la figure du vieillard crée par son maître en 1780. Et si le Bélisaire de Gérard a abandonné son plastron, il n’en garde pas moins son casque, pendant à son artisanale ceinture, qui servait chez David à recevoir l’aumône. Avec cette œuvre, Gérard se place évidemment en héritier fidèle du néoclassicisme de son maître.

Vous reconnaitrez très certainement son tableau de Psyché et l’Amour, peint en 1798.  Si celui-ci dans son iconographie ne s’approche en rien de celui que proposera David en 1817, ses couleurs, son atmosphère et ses rapports à la beauté des corps sont totalement représentatifs des caractéristiques néoclassiques pratiquement imposées par David en France. Pourtant, si l’objectif de chaque élève est de dépasser son maître, Gérard restera obsédé par la compétition avec ses camarades d’ateliers, notamment Antoine Jean Gros et ses scènes de batailles napoléoniennes.

Antoine Jean Gros

Né dans une famille d’artistes, Gros entre en 1785 dans l’atelier de David. Fuyant les difficultés de la Révolution après 1793, il rencontre Joséphine de Beauharnais, lui permettant en 1796 de recevoir la commande de Napoléon du pont d’Arcole. La bonne relation de son maître et de Bonaparte, fusionnée avec son talent pour les scènes de batailles, lui permettent de remporter en 1802 un prix du Consulat par son esquisse de la Bataille de Nazareth.

Dans le tableau qu’il peint d’après son esquisse – notamment réduit de taille par la demande de Bonaparteson style s’oppose totalement au néoclassicisme promu par David. Le réalisme presque morbide de la toile est en total désaccord avec le tableau le plus dramatique de David, Marat assassiné. Si le maître se contentait de quelques touches rouges pour symboliser la blessure et le sang, Gros lui s’enfonce dans le macabre, représentant des morts en pagailles, des mamelouks transpercés et une forte présence de rouge rappelant le sang.

Antoine Jean Gros, contrairement à son camarade François Gérard tend bien plus à s’éloigner de l’œuvre de son maître David pour se plonger dans ce qui annoncera le romantisme.

Jean Auguste Dominique Ingres

Familiarisé avec la pratique artistique depuis l’enfance, Ingres entre en 1796 dans l’atelier de David. Lors de son autoportrait de 1804, Ingres se représente non pas pinceau en main, mais craie, symbolisant sa croyance selon laquelle le dessin prévalait à la peinture, et que celui-ci était capable à lui seul de déterminer le devenir de sa touche à l’huile. Tout au long de son œuvre, Ingres joue avec le néoclassicisme, le tourmentant et le déformant. En 1804, peu de temps avant son départ à Rome, il réalise Napoléon Bonaparte en 1er consul. La toile est à elle même un hommage à la peinture flamande, dénotant largement du style prôné par son maître David, et poussant plus tard à l’orientalisme avec ses nus.

Ingres joue avec le modelé de la physionomie humaine, l’étirant, l’agençant à son bon vouloir. Avec Jupiter et Thétis de 1811, il amène la figure féminine à la limite de la séduction érotique, en l’ayant pourtant rendue discrète par sa taille, si frêle comparée aux dimensions surnaturelles de l’homme. Comme son maître, il produit une importante série de portraits. Arrêtons nous ici sur celui de Mlle Rivière, de 1805. La symétrie du visage, plus qu’idéalisée, est parfaite. Si sa figure semble la pureté même, le contraste étonnant de ses gants, monstrueusement énormes, et du boa presque vivant l’entourant, renverse le regard du spectateur. La figure apparaît alors presque féline, et la relativisation du réalisme néoclassique est brisé au profit de l’idéalisation de la beauté subversive de la figure.

En conclusion, voilà que chaque élève a dépassé le maître d’une façon qui lui est propre. Pourtant, tous suivent, mieux même que Jacques Louis David, les renversements politiques qui obstruent le paysage Français de la veille et du début du XIXème. Un jour fervents révolutionnaires, voilà que le lendemain les artistes glorifient l’empire, et le jour suivant, se repentent devant la monarchie. La situation sociale du peintre à l’époque dépendrait-elle à ce point du régime ? S je ne peux assurer qu’il en est certain, je tends à le penser à la vue du système presque modeleur de l’Académie et des instances artistiques qu’un jour de 1816 David accepta de quitter.

C.C.

Marat assassiné

Il en serait temps, attaquons-nous aujourd’hui au célèbre tableau de David, dont la reprise a su offrir un certain charme à la bannière de ce blog, soit, Marat assassiné. Le blog dont est extrait l’article sur lequel nous nous baserons pour cette étude s’intitule Vulg’art, et cache sous le sarcastique slogan « Un blog qui parle d’Art (mais aussi de peinture et de sculpture) » un petit trésor de vulgarisation artistique. Au fil des articles, l’internaute –celui même qui fréquente d’ordinaire les pages de jeux en ligne, et qui réfute le savoir qui lui est offert au bout d’un clic – pourra se cultiver et enrichir ses notions en Histoire de l’art pour épater la galerie. Tous les articles sont clairs, simples, parfois trop, et pourtant assez justes, le tout saupoudré d’une nuance d’humour dès l’intitulé.

« Martyr, c’est mourir un peu », voilà déjà le titre de l’article nous intéressant. Dans une première partie, l’auteur reprend l’historique de la scène, ou comment le 13 juillet 1793, Marie-Anne Charlotte Corday assassina Jean-Paul Marat, figure emblématique de la Révolution française. Sa mort fut immédiatement mise à profit, et naquit alors le premier grand martyr de la cause révolutionnaire. Pour appuyer ce nouveau statut, il fut proposé à Jacques Louis David, ami et compagnon de lutte de la victime, de représenter « l’injuste meurtre ». David s’en alla alors sur la scène du crime, faire un croquis du visage de son ami à peine froid, certainement sans avoir eu le temps de le pleurer, si bien qu’on peut se demander si l’art, ou l’usage de celui pour le bien de la Révolution passe avant le bien être des proches de David.

Jacques Louis David, Tête de Marat mort, 27 x 21 cm, musée national du château de Versailles.

Jacques Louis David, Tête de Marat mort, 27 x 21 cm, musée national du château de Versailles.

L’auteur entreprend ensuite de résumer les spécificités de David, son mouvement, ses valeurs esthétiques et morales. Il rappelle un juste rapprochement de la pose de Marat avec celle de la figure du Christ dans la Pietà de Michel-Ange. David aurait alors cherché à appuyer la condition de victime de Marat : le pauvre homme, dévoué à sa nation au point de travailler jusque dans un bain curatif (heureusement, nous savons aujourd’hui que l’eau est l’un des pires cauchemars de l’eczéma dont il souffrait) quand il fut lâchement assassiné. Le décor si activement épuré, si modeste que seule une caisse en bois meuble la scène, exprime la modestie et le rôle de bénévole de Marat dans la Révolution. L’auteur parvient même en rapprochant le tableau de Bruxelles à sa version préliminaire, à remarquer que le sourire du Marat pourrait exprimer que la Révolution, plus qu’un acte de la bourgeoisie, est l’affaire de chacun.

Enfin, après un bref aperçut de la vie de David, l’article se conclue sur la citation « Laissez-moi où je suis. Je ne demande rien. Je ne voulais que la tranquillité. Je l’éprouve, je suis content. Ubi bene, ibi patria” qui revient à faire penser que l’exil du peintre fut pleinement accepté par celui-ci.

Bien sûr, l’article ne fait que résumer ce que nous pourrions appeler une « analyse d’œuvre », en sa qualité de « vulgarisation » prôné par l’auteur, si bien que pour mériter sa place dans cette catégorie de notre blog, il est de notre devoir d’étoffer ses dires.

Après avoir été ébloui par la bannière éclatante de vitalité du site que voici, attardez vous un instant sur l’ingénieux outil proposé plus bas. Celui-ci propose des informations pratiques sur la composition du tableau, de la provenance de la lumière aux lignes de force, en passant par une douteuse palette de couleurs. Néanmoins, c’est clair, c’est frappant, voilà notre tableau décomposé.

Ensuite,  il nous faudra nous contenter des sources de Wikipédia. Car nous aurons beau dire, la page concernant notre tableau est extrêmement attrayante, car correctement fournie. Celle-ci cite David s’adressant au propos de Marat : «Le vrai patriote doit saisir avec avidité tous les moyens d’éclairer ses concitoyens et de présenter sans cesse à leurs yeux ses traits sublimes d’héroïsme et de vertus ». Le voici encore une fois, ce héros mort en martyr, que la France entière, et la Liberté même devraient pleurer. La signature de David « A Marat, David, l’an deux », résume autant l’amitié qui liait les deux personnages que leur engagement politique, puisque la date est ici traitée avec le calendrier républicain.

détail de la signature

Une esquisse d’un autre martyr fut réalisée par David, la Mort de Bara, malheureusement inachevée.

L’acmé est touchée, Marat pousse son dernier soupir dans un bain de sang – détail étonnamment morbide pour David, mais qui souligne le martyr de la victime – la lettre de sa meurtrière toujours en main, le tout admirablement, ou justement, ou bien même exagérément – selon le point de vue que vous adopterez – dramatisé par la poussée à un extrême du néoclassicisme dans la représentation magistrale de la mort pour la cause révolutionnaire.

C.C.

Le mouvement néoclassique

Jacques Louis David, est un peintre qui s’inscrit dans le mouvement dit Néoclassique. Ce mouvement qui apparaît à la seconde moitié du XVIII et s’éteind au début du XIXe propose une théorie du beau idéal. Le monde créé par Dieu, parfait en principe, est en réalité un mélange de perfection et d’imperfection. L’artiste doit alors viser une nature corrigée à l’image du Divin, c’est à dire l’antiquité classique. Le beau idéal est donc le résultat dʼune sélection et dʼune combinaison d’éléments.

De plus, André Félibien ( architecte et historiographe français du XVIIe siècle ) formule en 1667 dans une préface des conférences de l’Académie Royale de Peinture et de Scultpure la hiérarchie des genres en peinture. Celle-ci influença tous les peintres de sa génération et des suivantes. Elle se formule ainsi : la peinture d’histoire est le genre noble par excellence, puis vient le portrait, la peinture de genre ( scène de la vie quotidienne populaire ), la peinture de paysages et enfin la nature morte. Cette hiérarchie est fondée sur des critères techniques et moraux : la peinture d’histoire selon Félibien exige par exemple plus de savoir-faire ( paysage, anatomie, portrait, nature morte ) et plus de critères moraux ( comment représenter une œuvre d’une si grande importance ? ). C’est sur ces deux éléments que se base le mouvement néoclassique.

Le site néoclassicisme est dédié à la compréhension de ce mouvement. Il contient plusieurs points : une définition du mouvement, les œuvres emblématiques du genre, mais aussi des articles sur les principaux chefs de files du néoclassicisme, dont un sur Jacques Louis David. Le site annonce fièrement « Notre mission est d’éveiller l’intérêt du grand public sur cette période de l’histoire de l’art ». On peut clairement identifier ce site comme une ressource numérique tout publique. Néoclassicisme parle d’un certain Winckelmann dans la définition du mouvement. Il cite selon Winckelmann « Le seul moyen que nous ayons d’être grands, voire inimitables si c’est possible, est d’imiter les Anciens. » ce qui rappelle l’idéologie du mouvement néoclassique. Winckelmann fait partie des illustres personnages ayant influencé ce genre. C’est un archéologue et historien de l’art allemand qui théorise le néoclassicisme : défendeur inconditionnel de l’art grec, il y voit les caractéristiques du « beau antique » qu’il reconnaît dans le marbre blanc des statues grecques. Son esthétique est fondée sur l’idéalisation de la réalité.

Pour revenir sur notre ressource numérique, le site revient aussi sur quatre grands chefs de files du mouvement.

●   John Flaxman est un sculpteur et dessinateur anglais. Très actif dans le milieu néoclassique, il fut étudié par de nombreux artistes pour ses illustrations de l’Iliade et l’Odyssée.

Antonion Canova est un sculpteur italien qui connu la célébrité grâce à ses figures en marbre qui marquait un retour au raffinement classique après les excès des sculptures baroques.

Angelica Kauffman est l’une des femmes peintres les plus connus du XVIII. Son style oscille entre le classicisme et l’Empfindsamkeit.

Jacques Louis David, peintre chef de file du mouvement néoclassique en France, peintre officiel de l’empereur Napoléon Ier.

Il est dommage cependant que cette ressource ne soit pas complète, il manque de nombreux artistes du mouvement néoclassique.

Contrairement à lui le site biographie.net regroupe de très nombreuses biographies d’artistes néoclassique. Il suffit de taper «  Peintre français néoclassique » dans la barre de recherche pour voir apparaître plus d’une cinquantaine de biographie d’artistes, plus ou moins précise en fonction de leur succès. Ingres par exemple est l’un des plus célèbres d’entre eux : Né en 1780 et mort en 1867, Il fût l’un des peintres de Napoléon et l’un des élèves de David. On relève chez lui l’importance des portraits et des nus. Ces tableaux principaux sont la baigneuse ou bien le bain turc : l’abstraction des angles du corps, des articulations, des os offre une harmonie des courbes féminines et donne une impression de séduction. Girodet est aussi l’un des principaux chefs de file de mouvement, même si son art se situe entre la peinture néoclassique et romantique. Ces principales œuvres sont le portrait de Chateaubriant ou bien la révolte du Caire.

Cependant, après avoir mêlé les sources, on se rend compte rapidement que ce site n’est qu’une vaste arnaque. Le site, reprend au mot prêt les biographies du site Wikipédia. Selon le site, ce n’est qu’une « source » et non pas une citation ! Prenons en exemple la biographie de Jacques-Louis David. En ce qui concerne le transfert des cendre de Voltaire, on peut voir sur le site Biographie.net  « Le 11 juillet 1791 a lieu le transfert des cendres de Voltaire au Panthéon, des doutes subsistent quant au rôle de David dans son organisation. Il semble en fait n’avoir été qu’un conseiller et ne pas avoir pris une part active à la cérémonie. ».

Sur le site Wikipédia : « Le 11 juillet 1791, a lieu le transfert des cendres de Voltaire au Panthéon ; des doutes subsistent quant au rôle de David dans son organisation. Il semble en fait n’avoir été qu’un conseiller et ne pas avoir pris une part active à la cérémonie. »

Et ce n’est pas un cas isolé. Prenons l’exemple du peintre François-André Vincent, peintre néoclassique opposé à David. Sur le site Biographie.net on peut lire « Considéré comme le chef de l’école néoclassique et l’un des principaux rivaux de Jacques-Louis David, il est rapidement supplanté par celui-ci. À la Révolution, ses convictions royalistes l’opposent encore plus à David. »

Sur le site Wikipédia : « Considéré comme le chef de l’école néoclassique et l’un des principaux rivaux de Jacques-Louis David, il est rapidement supplanté par celui-ci. À la Révolution, ses convictions royalistes l’opposent encore plus à David. »

Inutile de préciser que les bibliographies des différents peintres proposés sont les mêmes que celles de Wikipédia. Ce genre de site est néfaste pour les internautes : pensant trouver une source sûre, certains s’appuient outrageusement sur ces biographies qui peuvent être fausses ( Le site Wikipédia n’étant pas sûr ). Biographie.net devrait être dans l‘obligation de déclarer que leur site n’est qu’un pâle copier-coller de Wikipédia, car ce sont ce genre de sites qui détournent le public ainsi que les scientifiques, des ressources numériques dans le cadre d’une recherche sérieuse.

 

R. R.

Éros et Psyché

Nous aborderons dans cet article l’étonnant tableau dÉros et Psyché, signé par David. De grandes dimensions ( 184x242cm ) le tableau fut critiqué de « disturbing and uncomfortable interpretation of the myth since its debut in 1817 » soit de « dérangeant et inconfortable interprétation du mythe, depuis ses débuts en 1817 », nous apprend Dorothy Johnson, jusqu’en 2009 directrice de l’Ecole d’Art et d’Histoire de l’art de l’université d’Iowa.

Nous nous baserons ici sur l’article Cupid and Psyche: Two Very Different Neoclassical Interpretations of the Myth by Jacques-Louis David and Angelica Kauffman, de Ann C. Thompson, posté en juin 2012 sur son blog, et tenterons d’analyser le tableau Éros et Psyché en rapportant celui-ci à notre problématique centrale (que je vous invite à retrouver ici). L’auteur reprend avec –semble-t-il, ou tout du moins j’en fus convaincue – des sources signées Lamp, Anita Brookner, ou Dorothy Johnson, Thomas Brown, parmi tant d’autres. Nous nous arrêterons malheureusement à la première partie de l’article, centrée sur l’œuvre de David.

Mais tout d’abord, remémorons-nous le mythe de Psyché et Éros. Psyché est une princesse si belle que les hommes n’osent la courtiser. Aphrodite, jalouse du succès de la jeune femme, envoie son fils Éros la transpercer d’une de ses flèches afin qu’elle tombe amoureuse du plus vil des monstres. Mais Éros se pique involontairement, et tombe amoureux de Psyché. Emportée par le vent Zéphyr et conduite dans un somptueux palais, où le dieu lui rend visite chaque soir après lui avoir fait promettre de ne jamais chercher à découvrir qui il était, Psyché se complait dans sa cage dorée. Notre tableau prend sa source ici, alors qu’Eros fuit le jour et le lit de Psyché. Pour la suite du mythe, car redécouvrir des détails est toujours enrichissant, je vous invite à consulter le lien suivant, où l’histoire de Psyché est résumée sans pour autant réfuter l’anecdote.

Maintenant, passons à une présentation sommaire de l’œuvre. Celle-ci se découpe en deux plans : le lit des amants au premier plan, laissé libre d’accès et largement accessible au spectateur de par son cadrage rapproché, et le paysage découvert par la fenêtre du palais. Celui-ci semble être une retraite, et si le paysage dominé d’une nature presque vierge évoque l’antiquité, le lit et l’intérieur de la pièce sont eux, largement plus contemporains à David. L’étrange lumière, qui ne provient pas de la fenêtre mais plutôt d’un point quelque part après le bord supérieur gauche, illuminant le lit, plonge le reste de la pièce dans une obscurité qui ajouté au large drapé rouge nous empêche d’admirer ce que Apulée dans ses Métamorphoses qualifiait de « palais merveilleux où les portes sont ornées de pierres précieuses et où le dallage du sol est d’or pur ».

détail signature

Le lit, sur le pied duquel le spectateur peut admirer la signature de David, est tapissé d’un bleu foncé et de motifs d’étoiles, rappelant la nuit, épisode privilégié de la vie du couple, puisque seul moment de rencontre pour Psyché et Éros. Mais ce lit si somptueux est défait, saccagé presque, si bien qu’outre les draps chiffonnés, la tête du lit semble bancale. Et les coupables de ce désordre sont là encore, inconscients de sa douleur.

Psyché est endormie, telle une Odalisque souligne Dorothy Johnson, profondément plongée dans un sommeil post coïte comme en témoignent ses joues rougies, inconsciente du départ de son amant. Éros est reconnaissable à ses ailes et à son arc qui semble rester à porté de main en toute circonstance, et est ici en mouvement. D’un bras, il dégage le bras de son épouse, et de l’autre s’extrait du lit, alors que le drap retient son pied gauche auprès de sa femme.

Pourtant, ce délicat détail ne parvient pas à convaincre le spectateur : David nous présente ici un « ruddy adolescent who smirks at the viewer as if to show off his latest conquest ». Éros a l’attitude et le physique dérangeant d’un adolescent, ravit de sa dernière conquête qu’il nous présente dans son rôle de personnage admoniteur. Il est fier et sa moue triomphante saurait presque nous glacer le sang, une fois l’article de Ann Thompson dévoré.

Avec une ironie déconcertante, celle-ci début par une citation de J.G. Herder : « The story of Cupid and Psyche is the most diverse, tenderest romance ever devised », ou « l’histoire de Cupidon et Psyché est la plus diverse, la plus tendre romance jamais conçue ». Je parle « d’ironie », car au fil de la lecture, vous en serez mené à détester cet Amour « vulgaire et juvénile » décrit par l’auteur. Éros n’a rien des corps magnifiques créés précédemment par David. « Amor is dark and has a clumsy prepubescent physique with an uneven skin tone » ou « Amour est sombre et a un maladroit physique préadolescent avec un inégal ton de peau », au point que Gros, élève de David, le compare à un faune plutôt qu’au dieu de l’amour.

détail personnages

Psyché s’oppose en tout à Éros : « She is a soft, graceful, and languorous beauty » ou « elle est une douce, gracieuse et langoureuse beauté ». David la présente comme une innocente victime à la merci d’une force divine presque maline, « Like an Odalisque, Psyche has no control in her relationship ». Psyché devient une espèce d’esclave au service de son maître plutôt qu’une amoureuse se languissant de l’absence de son époux le jour.

Dès lors, David représente « a darker aspect of the myth : the bestial eroticism and lust of a teenager » ou « un plus sombre aspect du mythe : le bestial érotisme et désir d’un adolescent ». Car Psyché est prisonnière de ce palais doré. Elle est l’esclave sexuel d’Éros, qui revient chaque nuit la tourmenter de désir.

Le parallèle de deux papillons présents dans la composition est remarquable, et leur seule présence résume la situation propre à chaque personnage. Le papillon blanc terni – ou même sali ?- s’envole vers la fenêtre, et reviendra à son bon vouloir. Le papillon doré lui, est comme piqué d’une épingle de collectionneur au lit. La composition des motifs de la tapisserie nous amène même à nous demander s’il est réellement vivant, ou un simple élément de décors, tout comme Psyché.

En se référant à Lamp, Ann Thompson évoque une autre vision, métaphorique, qui saurait relever le statut de Psyché. Son nom même en grec signifie à la fois « papillon » et « esprit ». Alors donc, il ne s’agirait plus simplement d’un asservissement sexuel, mais d’une « allegory for the relationship between Love and the Soul », ou « allégorie pour la relation entre l’Amour et l’Esprit ». Mais dans le tableau de David, l’Amour a été évincé par le Désir.

Enfin, Ann Thompson évoque un point qui nous intéressera ici plus encore : des éléments du tableaux évoquerait une certaine commémoration de la fin de l’Empire. Nous l’avons vu dans l’article concerné, David croyait en l’Empire, et sa chute l’oblige à l’exil. Tout d’abord, comme remarqué par Thomas Brown, le lit est typiquement napoléonien. Mais les couleurs, « unusually bright and intense for David’s palette » ou « extraordinairement lumineuses et intenses pour la palette de David » rappellent par le bleu et le doré les couleurs des appartements de l’empereur, alors que le tapis vert est semblable à celui du portrait de Napoléon de 1812.

Plus étonnant encore, l’iconographie du papillon nous ramène au passage de la mutation de rampant à volant, de vivant à mort. Le papillon au dessus de la tête de Psyché pourrait être son esprit la quittant, et le lit, un tombeau. Psyché serait alors l’Empire qui a tant apporté à David, cet idéal politique, qui à sa fin, a emporté le destin du peintre avec lui. Et s’il en est ainsi, qui serait alors Éros ? Cet adolescent qui sort à peine de l’enfance, et qui se permet d’être fier du corps lascif à ses côtés ? Il en va là de mon avis propre, et je me permets simplement de vous le témoigner : Éros serait la France. Encore jeune de sa révolution, trop impétueuse pour se faire aussi tendre que sa compagne le mériterait, et trop téméraire pour savoir quand elle la blesse, n’hésitant pas à la pousser à de terribles épreuves et à la mort même comme Éros poussa Psyché dans le mythe.

détails visages

Pourtant, une lueur d’espoir reste visible avec la fin du récit, puisque Éros en implorant Zeus parvient à hisser sa femme au rang d’immortelle. L’Empire est alors loin d’être une période révolue pour David. Malgré l’exil, et les détériorations de sa position avec la fin de celui-ci, l’Empire restera un souvenir omniscient et mélancolique. Celui-ci n’attend que d’être aimé à nouveau pour renaitre de ses cendres. Et avec une once de curiosité, nous pourrions nous demander si David n’aurait jamais été satisfait du couronnement de Napoléon III.

C.C.