David sous la révolution

Les élèves de l’atelier de David

Lorsque qu’entre membres de l’équipe de rédaction de ce blog, nous nous sommes concertées sur les thématiques des articles que nous saurions vous présenter, nous avons rapidement songé à dévouer un article sur la « descendance » de Jacques Louis David. Bien que citée à de nombreuses reprises, l’école de David n’est pas non plus le sujet le plus vulgarisé sur les ressources disponibles en ligne. Et pourtant, les élèves de David sont nombreux : plus de quatre cent d’après le manuscrit n° 316 de l’École des beaux-arts qui recense de la main même de notre artiste les noms de ses élèves.

Nous ne nous attarderons pas ici à décrire l’organisation de son atelier, mais les ouvrages suivant pourraient parfaire à votre curiosité si le désir vous en prenait : DELECLUZE E. J., Louis David, son école et son temps, 1855, rédigé par un élève même de David ; CROW T., L’atelier de David – Emulation et Révolution, 1997.

Penchons nous plutôt sur le devenir de ces jeunes artistes qui après avoir étudié chez leur maître deviennent à leur tour des peintres reconnus, avec leurs opinions propres, et leurs formes artistiques propres. Nous l’avons dit, ils sont nombreux, et l’Histoire n’en retiendra que quelques parmi tant d’autres. Malgré tout, Wikipédia propose une page réservée à leur recensement, par ordre alphabétique.

A la vue de tous ces noms, nous voilà bien forcés de faire un choix. Et comme rappelons-le, le but initial de ce blog est de parvenir à démontrer la bonne utilisation de sources numériques, nous en seront contraints à nous tourner vers trois des plus célèbres, aujourd’hui encore.

François Pascal Simon Gérard

Après avoir étudié aux côtés du sculpteur Augustin Pajou et ceux du peintre Nicolas Guy Brenet, Gérard rejoint l’atelier de David par passion en 1786. La bienveillance de son maître lui permet, alors qu’il est responsable de ses deux frères, de trouver logement et atelier au Louvre, et plus tard d’échapper à la conscription militaire.

Le succès lui vient après la Révolution, alors qu’il expose au Salon de 1797 son Bélisaire. Prenez donc un instant pour comparer le tableau à celui du Bélisaire demandant l’aumône de David. La figure même de Bélisaire se place plus que dans un héritage, mais dans un véritable hommage à la figure du vieillard crée par son maître en 1780. Et si le Bélisaire de Gérard a abandonné son plastron, il n’en garde pas moins son casque, pendant à son artisanale ceinture, qui servait chez David à recevoir l’aumône. Avec cette œuvre, Gérard se place évidemment en héritier fidèle du néoclassicisme de son maître.

Vous reconnaitrez très certainement son tableau de Psyché et l’Amour, peint en 1798.  Si celui-ci dans son iconographie ne s’approche en rien de celui que proposera David en 1817, ses couleurs, son atmosphère et ses rapports à la beauté des corps sont totalement représentatifs des caractéristiques néoclassiques pratiquement imposées par David en France. Pourtant, si l’objectif de chaque élève est de dépasser son maître, Gérard restera obsédé par la compétition avec ses camarades d’ateliers, notamment Antoine Jean Gros et ses scènes de batailles napoléoniennes.

Antoine Jean Gros

Né dans une famille d’artistes, Gros entre en 1785 dans l’atelier de David. Fuyant les difficultés de la Révolution après 1793, il rencontre Joséphine de Beauharnais, lui permettant en 1796 de recevoir la commande de Napoléon du pont d’Arcole. La bonne relation de son maître et de Bonaparte, fusionnée avec son talent pour les scènes de batailles, lui permettent de remporter en 1802 un prix du Consulat par son esquisse de la Bataille de Nazareth.

Dans le tableau qu’il peint d’après son esquisse – notamment réduit de taille par la demande de Bonaparteson style s’oppose totalement au néoclassicisme promu par David. Le réalisme presque morbide de la toile est en total désaccord avec le tableau le plus dramatique de David, Marat assassiné. Si le maître se contentait de quelques touches rouges pour symboliser la blessure et le sang, Gros lui s’enfonce dans le macabre, représentant des morts en pagailles, des mamelouks transpercés et une forte présence de rouge rappelant le sang.

Antoine Jean Gros, contrairement à son camarade François Gérard tend bien plus à s’éloigner de l’œuvre de son maître David pour se plonger dans ce qui annoncera le romantisme.

Jean Auguste Dominique Ingres

Familiarisé avec la pratique artistique depuis l’enfance, Ingres entre en 1796 dans l’atelier de David. Lors de son autoportrait de 1804, Ingres se représente non pas pinceau en main, mais craie, symbolisant sa croyance selon laquelle le dessin prévalait à la peinture, et que celui-ci était capable à lui seul de déterminer le devenir de sa touche à l’huile. Tout au long de son œuvre, Ingres joue avec le néoclassicisme, le tourmentant et le déformant. En 1804, peu de temps avant son départ à Rome, il réalise Napoléon Bonaparte en 1er consul. La toile est à elle même un hommage à la peinture flamande, dénotant largement du style prôné par son maître David, et poussant plus tard à l’orientalisme avec ses nus.

Ingres joue avec le modelé de la physionomie humaine, l’étirant, l’agençant à son bon vouloir. Avec Jupiter et Thétis de 1811, il amène la figure féminine à la limite de la séduction érotique, en l’ayant pourtant rendue discrète par sa taille, si frêle comparée aux dimensions surnaturelles de l’homme. Comme son maître, il produit une importante série de portraits. Arrêtons nous ici sur celui de Mlle Rivière, de 1805. La symétrie du visage, plus qu’idéalisée, est parfaite. Si sa figure semble la pureté même, le contraste étonnant de ses gants, monstrueusement énormes, et du boa presque vivant l’entourant, renverse le regard du spectateur. La figure apparaît alors presque féline, et la relativisation du réalisme néoclassique est brisé au profit de l’idéalisation de la beauté subversive de la figure.

En conclusion, voilà que chaque élève a dépassé le maître d’une façon qui lui est propre. Pourtant, tous suivent, mieux même que Jacques Louis David, les renversements politiques qui obstruent le paysage Français de la veille et du début du XIXème. Un jour fervents révolutionnaires, voilà que le lendemain les artistes glorifient l’empire, et le jour suivant, se repentent devant la monarchie. La situation sociale du peintre à l’époque dépendrait-elle à ce point du régime ? S je ne peux assurer qu’il en est certain, je tends à le penser à la vue du système presque modeleur de l’Académie et des instances artistiques qu’un jour de 1816 David accepta de quitter.

C.C.

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Marat assassiné

Il en serait temps, attaquons-nous aujourd’hui au célèbre tableau de David, dont la reprise a su offrir un certain charme à la bannière de ce blog, soit, Marat assassiné. Le blog dont est extrait l’article sur lequel nous nous baserons pour cette étude s’intitule Vulg’art, et cache sous le sarcastique slogan « Un blog qui parle d’Art (mais aussi de peinture et de sculpture) » un petit trésor de vulgarisation artistique. Au fil des articles, l’internaute –celui même qui fréquente d’ordinaire les pages de jeux en ligne, et qui réfute le savoir qui lui est offert au bout d’un clic – pourra se cultiver et enrichir ses notions en Histoire de l’art pour épater la galerie. Tous les articles sont clairs, simples, parfois trop, et pourtant assez justes, le tout saupoudré d’une nuance d’humour dès l’intitulé.

« Martyr, c’est mourir un peu », voilà déjà le titre de l’article nous intéressant. Dans une première partie, l’auteur reprend l’historique de la scène, ou comment le 13 juillet 1793, Marie-Anne Charlotte Corday assassina Jean-Paul Marat, figure emblématique de la Révolution française. Sa mort fut immédiatement mise à profit, et naquit alors le premier grand martyr de la cause révolutionnaire. Pour appuyer ce nouveau statut, il fut proposé à Jacques Louis David, ami et compagnon de lutte de la victime, de représenter « l’injuste meurtre ». David s’en alla alors sur la scène du crime, faire un croquis du visage de son ami à peine froid, certainement sans avoir eu le temps de le pleurer, si bien qu’on peut se demander si l’art, ou l’usage de celui pour le bien de la Révolution passe avant le bien être des proches de David.

Jacques Louis David, Tête de Marat mort, 27 x 21 cm, musée national du château de Versailles.

Jacques Louis David, Tête de Marat mort, 27 x 21 cm, musée national du château de Versailles.

L’auteur entreprend ensuite de résumer les spécificités de David, son mouvement, ses valeurs esthétiques et morales. Il rappelle un juste rapprochement de la pose de Marat avec celle de la figure du Christ dans la Pietà de Michel-Ange. David aurait alors cherché à appuyer la condition de victime de Marat : le pauvre homme, dévoué à sa nation au point de travailler jusque dans un bain curatif (heureusement, nous savons aujourd’hui que l’eau est l’un des pires cauchemars de l’eczéma dont il souffrait) quand il fut lâchement assassiné. Le décor si activement épuré, si modeste que seule une caisse en bois meuble la scène, exprime la modestie et le rôle de bénévole de Marat dans la Révolution. L’auteur parvient même en rapprochant le tableau de Bruxelles à sa version préliminaire, à remarquer que le sourire du Marat pourrait exprimer que la Révolution, plus qu’un acte de la bourgeoisie, est l’affaire de chacun.

Enfin, après un bref aperçut de la vie de David, l’article se conclue sur la citation « Laissez-moi où je suis. Je ne demande rien. Je ne voulais que la tranquillité. Je l’éprouve, je suis content. Ubi bene, ibi patria” qui revient à faire penser que l’exil du peintre fut pleinement accepté par celui-ci.

Bien sûr, l’article ne fait que résumer ce que nous pourrions appeler une « analyse d’œuvre », en sa qualité de « vulgarisation » prôné par l’auteur, si bien que pour mériter sa place dans cette catégorie de notre blog, il est de notre devoir d’étoffer ses dires.

Après avoir été ébloui par la bannière éclatante de vitalité du site que voici, attardez vous un instant sur l’ingénieux outil proposé plus bas. Celui-ci propose des informations pratiques sur la composition du tableau, de la provenance de la lumière aux lignes de force, en passant par une douteuse palette de couleurs. Néanmoins, c’est clair, c’est frappant, voilà notre tableau décomposé.

Ensuite,  il nous faudra nous contenter des sources de Wikipédia. Car nous aurons beau dire, la page concernant notre tableau est extrêmement attrayante, car correctement fournie. Celle-ci cite David s’adressant au propos de Marat : «Le vrai patriote doit saisir avec avidité tous les moyens d’éclairer ses concitoyens et de présenter sans cesse à leurs yeux ses traits sublimes d’héroïsme et de vertus ». Le voici encore une fois, ce héros mort en martyr, que la France entière, et la Liberté même devraient pleurer. La signature de David « A Marat, David, l’an deux », résume autant l’amitié qui liait les deux personnages que leur engagement politique, puisque la date est ici traitée avec le calendrier républicain.

détail de la signature

Une esquisse d’un autre martyr fut réalisée par David, la Mort de Bara, malheureusement inachevée.

L’acmé est touchée, Marat pousse son dernier soupir dans un bain de sang – détail étonnamment morbide pour David, mais qui souligne le martyr de la victime – la lettre de sa meurtrière toujours en main, le tout admirablement, ou justement, ou bien même exagérément – selon le point de vue que vous adopterez – dramatisé par la poussée à un extrême du néoclassicisme dans la représentation magistrale de la mort pour la cause révolutionnaire.

C.C.

Contexte historique (partie 2/4) : la Révolution Française

Pour comprendre les évolutions de l’art de Jacques-Louis David, il est nécessaire de s’arrêter sur les bouleversements qui agitent la France au cours de sa vie. L’un de principaux, et non le moindre, est la Révolution française de 1789.

Un premier site pourra nous éclairer sur cette époque, celui de l’Histoire de France, et sur toutes les dates importantes qui ont formé l’événement le plus marquant de l’Histoire de France : la Révolution Française.

Relatant tout un autre article sur le sujet de la France avant 1789, et sur la question de pourquoi les États Généraux furent imposés à Louis XVI, le site de l’Histoire de France débute son intitulé « la révolution française » par un première partie nommée « les grands évènements », débutant dès la déclaration du Tiers Etat de se nommer Assemblée le 17 juin 1789.

Les commentaires sur les périodes de la Révolution sont clairs, quoi que courts et éludant certaines réflexions au profit de célèbres citations comme « C’est une révolte ? » « Non Sire, c’est une révolution » (sous partie La prise de la Bastille).

Jacques-Louis David, Le serment du Jeu de Paume le 20 juin 1789, huile sur toile, 1791, Musée Carnavalet, Paris

Jacques-Louis David, Le serment du Jeu de Paume le 20 juin 1789, huile sur toile, 1791, Musée Carnavalet, Paris

Le site poursuit, après la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 10 aout 1793 sur le thème de Louis XVI, composant ainsi sa deuxième partie, « une grande instabilité ». Celle-ci rappelle la sombre époque que vit la France, tiraillée entre pouvoir royal et tentatives d’aménagement républicain.

La troisième partie, intitulée « le renversement de la monarchie » s’ouvre sur la prise du peuple du palais des Tuileries, et l’emprisonnement du roi à la prison du Temple. Suivant un article sur la Convention, nous en retrouvons un suivant sous le nom du « procès du roi », qui achèvera la partie avec le guillotinement de Louis XVI.

La quatrième grande partie se nome « l’avènement de la Terreur ».  Le site y retrace la période de troubles qui saisit la France avec par exemple l’insurrection vendéenne.

L’article consacré à la Révolution française se poursuit avec les guerres fratricides entre Montagnard, Girondin et Communards, l’assassinat de Marat – illustré par David – et la révolte fédéraliste qui ébranle le pouvoir de la Convention. Un gouvernement révolutionnaire est mis en place et dès juin 1793, la Terreur est en marche, éliminant tous ceux qui avaient participer au rêve républicain. La partie s’achève avec le guillotinement de Marie-Antoinette.

La cinquième grande partie, intitulée « la fin de la Terreur » se résume à la condamnation de Robespierre, accusé de dictature, et à la montée des bourgeois modérés et des royalistes, déclarant après le décès du jeune Louis XVII dans la prison du Temple son oncle Louis XVIII.

La dernière grande partie est nommée « le Directoire ». Elle débute avec la rédaction de la troisième Constitution et le premier Directoire qui tente de réconcilier tous les partis. Bonaparte apparaît sous le deuxième Directoire, lors du conflit entre monarchistes et directeurs aux derniers principes révolutionnaires, et se démarque par ses prouesses de général en Italie. Si l’auteur de ce site semble avoir fait un impressionnant travaille de recherche, nous ne pouvons qu’applaudir, ou détester, la façon succincte avec laquelle il parvient à relater ce pourtant gigantesque épisode de la Révolution française.

C.C.